[Interview] Entretien avec les créateurs de la GameGirl une nouvelle CPOS

Bonjour,

Voila, les vacances sont terminées et nous espérons que vous en avez bien profité. Pour une rentrée en douceur, aujourd’hui c'est avec plaisir que nous vous proposons une Interview des créateurs de la GameGirl, une toute nouvelle venue dans la communauté des CPOS (Console Portable Open-Source). 

Pour rappel, le principal objectif des créateurs est de fournir une console portable open-source low-cost animée par le couple Lakka/Retroarch


Actuellement le Projet est porté par deux personnes:
Jean-André Santoni, un français qui s'occupe de la partie software. Il s'agit du développeur de Lakka, il fait également partie du top 5 des contributeurs du projet Retroarch. 
David Perrenoud, un suisse qui s'occupe de la partie hardware.

Cette interview va vous permettre d'en apprendre un peu plus sur leur projet, mais aussi sur Jean-André Santoni un développeur passionné comme on les aime sur Open-Consoles!

- Qui est Jean-André Santoni alias Kivutar (parcours, profession, ...) ?

Bonjour. Je suis Jean-André Santoni, 32 ans, développeur passionné de jeux vidéos. Parcours plutôt autodidacte, je préfère me former en participant à des projets libres. Ça me permet d'évoluer dans des équipes où les niveaux techniques sont variés, mais où chacun apporte sa pierre à l'édifice. Dans la vie, je suis freelance et je fais des allers-retours entre l'Europe et l'Asie en essayant de garder suffisamment de temps libre pour m'amuser sur ce genre de projets. 

- Peux-tu nous présenter en quelques lignes le Projet GameGirl ?

Gamegirl est une petite console portable open source. Elle est basée sur un Raspberry Pi Zero et la distribution Linux Lakka, elle-même basée sur RetroArch. La société 8Bitdo connue pour ses manettes nous filera un coup de main pour les boutons et le boîtier. Coté kit de développement on est intéressés par Scratch, LÖVE, et PICO-8. En résumé, c'est un condensé des technologies que nous trouvons pertinentes et c'est aussi une occasion pour nous d'apprendre, de travailler en équipe, et au bout du compte avoir la console de nos rêves.


- D'où t'est venue l'envie de te lancer dans ce projet ? Pourquoi ce nom GameGirl ?

Créer une console basée sur un Raspberry et RetroArch, c'est une idée que pas mal de gens ont déjà eu et il y a plusieurs projets intéressants qui ont déjà été menés à bout. On va plutôt dire que c'est l'occasion qui s'est présentée à nous. Je maintiens depuis 3 ans une distribution Linux appelée Lakka, qui permet très facilement de jouer à RetroArch sur tout un tas de petits ordinateurs. Lakka est devenue la distribution linux officielle de RetroArch il y a un an ou deux et nous avons fusionné nos équipes afin de travailler ensemble, l'équipe de RetroArch étant déjà en contact avec 8Bitdo pour d'autres raisons. Le facteur déclenchant a été la rencontre avec David Perrenoud, qui s'occupe du hardware et qui a pu rassembler cette petite communauté de makers pour réaliser les premiers prototypes.

Le nom Gamegirl fait référence au problème de la représentation des genres dans les jeux vidéos. On pourrait plutôt se demander pourquoi la console de Nintendo s'appelait Game Boy, alors que 46% des utilisateurs étaient de sexe féminin.

- Que va apporter cette nouvelle machine par rapport à la concurrence gamebuino, pocketchip, ... ?

Plutôt que la Gamebuino, on pourrait mentionner l'Arduboy qui est bien mieux finie et est très intéressante pour débuter à programmer. David a d'ailleurs développé une version de l'Arduboy à assembler soi-même.

La PocketCHIP est un produit bon marché et très joli. À cause de son format, de ses boutons et de son absence d'haut-parleur, elle semble plutôt destinée à être intégrée dans un projet en tant qu'ordinateur portable, télécommande ou affichage supplémentaire plutôt qu'à être utilisée comme console.

Avec la Gamegirl, nous souhaitons développer une console petite, légère, compatible avec les jeux d'anciennes consoles et surtout facile à programmer. C'est une combinaison qui n'est pas disponible dans les consoles actuelles.

- Au niveau émulation, quels systèmes seront jouables ?

RetroArch fait tourner pas mal de systèmes de nos jours. Mais le Raspberry Pi Zero est une machine plutôt faible. Et l'émulation est une tache assez lourde. On fera donc tourner des systèmes tels que la Super Nintendo, la Sega MegaDrive, plutôt bien et sans frameskipping. Par contre il ne faut pas s'attendre à des miracles pour ce qui est de la N64 pour de la PlayStation, bien que ce soit faisable en optimisant et en perdant de la précision.



- Pourquoi être parti sur le Pi Zero dans ce cas ?

Le Pi0 n'est pas puissant mais son support logiciel est bon. La RPi Foundation paie assez d'ingénieurs pour maintenir les versions du kernel Linux nécessaire au RPi. Ils font aussi un effort au niveau de l'ouverture des drivers.

D'autres facteurs importants sont son prix, sa taille, sa documentation et sa notoriété. En se basant sur un RPi0, on s'écarte à peine de l'émulation mais on se rapproche beaucoup des projets éducatifs.

Dans le futur, on pourra penser à faire une version basée sur un RPi3 compute module et avec un peu de chance un RPi0 plus puissant sortira.
Un Raspberry Compute Module
- La console pourra faire tourner PICO-8, une licence sera donc disponible à l'achat de la machine ? Des jeux seront près installés ?

On n'en est pas encore là, j'ai contacté le créateur de PICO-8 pour lui proposer un partenariat et s'il accepte, il pourra distribuer sur leur site un binaire compatible avec RetroArch. Il faudra ensuite l'acheter et le placer sur notre système pour lancer les jeux.

S'il n'est pas intéressé, on codera alors un émulateur de PICO-8. Il y en a déjà qui existent, par exemple picolove qui permet de jouer aux cartouches PICO-8 via LÖVE.

- Peux-tu nous détailler les différentes étapes du projet ? Où se situe il actuellement ? 


Nous en sommes vraiment au tout début. Le premier prototype permet de brancher l'écran et le Raspberry Pi. Lakka boote bien et initialise bien l'écran. Les boutons fonctionnent, le son aussi. J'ai pu lancer des jeux et tester les performances qui sont bonnes.


Le prochain prototype aura une batterie et de vrais boutons, sûrement aussi un boîtier.





- Pour le moment vous êtes deux à travailler sur ce projet (un sur la partie Software un autre sur la partie Hardware), cherchez vous d'autres contributeurs, si oui pour faire quoi ?


Du coté de David, il y a des contributeurs qui l'aident à régler des problèmes d'électronique. Ils se penchent aussi sur les prochains prototypes avec la batterie et bouton ON/OFF et puis la modélisation 3D avec le boitier.

De mon coté, je travaille tous les jours avec les gens de RetroArch qui participent indirectement mais dans une proportion très importante à Gamegirl. Tout leur travail récent concernant la refonte et l'optimisation des coeurs N64 et PSX contribuera au projet par exemple.

- Nous avons appris que le projet bénéficierait de l’expérience de la société 8bitdo, comment s'est passée la prise de contact ? Comment se passe votre collaboration ?


J'ai pu avoir leur contact par Andrés de l'équipe RetroArch, qui était déjà en contact avec eux pour créer une manette de jeu aux couleurs de RetroArch. Notre contact chez 8Bitdo parle bien Anglais, c'est un passionné de jeux rétro qui connait et utilise déjà RetroArch. Il a été emballé tout de suite. A Hong Kong ils ne nous ont pas attendu pour créer des consoles portables (principalement basées sur Android) mais là on essaie de toucher un public un peu différent où la proportion d'utilisateurs qui deviennent des contributeurs est élevée. Ils avaient l'air excité de rentrer dans ce monde là, l'open source, les makers...

Donc pour l'instant, ils nous envoient les boutons de la 8Bitdo Zero, leur toute petite manette. On leur partage nos plans et ils nous envoient aussi les leurs pour qu'on puisse avancer sur le boîtier.

- Une commercialisation de la GameGirl est-elle envisageable ? Si oui, avez vous une estimation du prix ? Envisagez vous une campagne de crowdfunding du style kickstarter, indiegogo,... ?

Oui, c'est clairement envisageable de commercialiser la Gamegirl. Pas dans les mois qui viennent bien sûr, ça prend beaucoup de temps de mettre en place la production et la distribution d'un produit comme ça. On aimerait suivre l'exemple de la Picade de Pimoroni, c'est un joli produit, bien conçu et qui fait le plaisir de ses utilisateurs.

Je ne sais pas vraiment pour le prix. On est pas encore fixés au niveau du choix des composants, les écrans varient beaucoup en prix et en qualité. Ce que je peux dire, c'est qu'on fait de notre mieux pour garder un prix très bas.

Je doute qu'on puisse devenir riche avec un petit projet comme ça. C'est surtout une occasion d'apprendre et de s'amuser mais on apporte vraiment quelque chose de neuf qui peut être réutilisé par d'autres projets, que ce soit coté hardware ou software donc ce qu'on fait aura un impact sur la communauté.

Pour ce qui est du crowdfunding, les gens de libretro, David et moi-même sommes assez frileux sur le sujet. Je trouve qu'il y a trop de campagnes malhonnêtes sur Kickstarter notamment. Il y a plein de projets intéressants qui ratent leur campagne à cause d'une mauvaise communication. D'autres projets ont une excellente comm', telle que OUYA, mais une fois qu'on a l'objet entre les mains on est déçu. J'aimerais faire exactement l'inverse : pas de poudre aux yeux mais du concret. On publie nos prototypes, tout le monde peut tester, s'impliquer, critiquer, améliorer. On fait une première version, puis une seconde, et ainsi de suite, en travaillant en parallèle sur tous les aspects du projet : hardware, software, devkit, interface, communication, communauté, aspect juridique, etc.

- Peux-tu nous parler de ta contribution à Lakka et RetroArch ?


Comme dit plus haut, j'ai commencé a utiliser RetroArch il y a quelques années. A cette époque, je me suis offert le premier Raspberry Pi. Un jouet bien addictif...

J'ai testé RetroPie, qui était la première distribution, ou plutôt un ensemble de scripts, pour compiler RetroArch et ses cœurs.

Quelques temps plus tard j'ai eu un client, dans mon activité de freelance, pour qui j'ai dû travailler sur des Raspberry Pi avec la distribution OpenELEC. J'ai été impressionné par cette technologie, qui permet de cross compiler en seulement deux heures une distribution Linux extrêmement minimale, optimisée, et plutôt difficile à casser avec son système de mises à jours solides qui rappelait les consoles de salon. J'ai donc remplacé Kodi par RetroArch, et ce fut le début de Lakka.

Le FrontEnd Lakka

Quelques mois plus tard on a commencé à avoir un certain succès et avec quelques contributeurs on a porté Lakka sur PC, puis sur des concurrents du Raspberry.

RetroArch à l'époque avait une interface assez rebutante. J'ai dû apprendre le C et OpenGL pour intégrer notre prototype de menu dans RetroArch. C'est le menu que nous avons encore actuellement, qui ressemble au PS3 XMB. Je n'y serais jamais arrivé sans l'aide des développeurs de RetroArch, surtout Daniel qui a senti assez vite qu'il y avait un potentiel dans cette voie. Le thème graphique créé par JB Bal a fini par les convaincre.

Avec le temps, j'ai fini par bien m'intégrer dans cette petite équipe de passionnés. J'ai fait quelques contributions qui ne concernaient pas Lakka, comme une interface tactile pour la version mobile. Lakka a fini par devenir la distribution Linux de RetroArch, ce qui ne nous empêche pas d'avoir des contacts ponctuels avec d'autres groupes comme Recalbox pour se filer des coups de pouce.





- Quand tu ne codes pas, prends tu le temps de jouer ? Si oui quel est ton système de prédilection, tes styles et jeux préférés ? Tu joues à quoi en ce moment ?


Oui je joue encore, mais moins qu'avant, bien sûr :)


J'hésite vraiment pour mon système de prédilection entre Master System, Super Nintendo et PlayStation. Trois époques... Partons pour la PlayStation, avec sa ludothèque incroyable, et le fossé technique qu'elle a créé comparé aux prédécesseurs.



En ce moment de joue à Dark Souls 3, qui est bien. J'ai quand même une préférence pour le 1, mais le 3 est bien pour jouer en réseau. J'ai aussi retrouvé une vieille Wii et the Last Story m'attire pas mal. Sinon sur Lakka j'ai en prévision de rejouer (et finir) Monkey Island.

- Quel est le premier support sur lequel tu as joué ? Ton premier Jeu ?


J'ai eu la Sega Master System vers mes 6 ans, avec Alex Kidd intégré au BIOS. Un jeu très difficile, surtout à cet âge. Je n'étais pas très bon, alors j'ai passé des années a plutôt regarder mes potes jouer.

- Ton meilleur souvenir jeux vidéo ? Et le pire ?

C'est très dur comme question.

Je me souviens d'avoir été époustouflé en sortant de Midgard dans FF7. J'étais chez un pote, soirée pizza + jeu, je croyais que le jeu se terminait à la sortie de Midgard... Finalement, on s'est fait une nuit blanche et on a passé tout le flash back du passé de Cloud, au petit matin on capturait et chevauchait notre premier Chocobo je crois bien.


Mon pire souvenir, c'est en jouant au génial WonderBoy III avec un ami. Je me suis pris les pieds dans le câble de la TV, qui est tombée de son meuble pour atterrir sur la console. Enfonçant la cartouche du jeu mythique dans la Master System. Ça a cassé la carte mère. On était horrifiés! A cette époque on ne savait pas que l'émulation existant et on croyait qu'on avait perdu le jeu à tout jamais.

Maintenant que j'y pense, c'est peut-être grâce à ça que j'ai cette motivation pour la préservation des jeux vidéo.

- Que penses tu des jeux et consoles dernière génération ?


J'aurais bien du mal a avoir un avis valable sur les dernières consoles, vu que je n'en ai pas. Mais si j'en achetais une, ce serait la PS4, pour pouvoir jouer à FF7 Remake dès qu'il sort. Et puis tester Bloodborne. Mais je vais me retenir, car je n'aime pas du tout la politique qu'a eu Sony avec la PS3. Je n'aime pas quand le constructeur change les termes du contrat et vire des fonctionnalités et verrouille le système de plus en plus.

Il y a peu de jeux dernière génération qui m'attirent, à part comme je disais Dark Souls qui est difficile comme les jeux de notre enfance.

Et puis il y a les jeux indépendants qui prennent de la place de nos jours. Certains sont géniaux et j'ai l'impression qu'ils s'adressent plus au gens de ma génération.

- S'il ne devait rester qu'un jeu, ce serait lequel ?

Encore une question très difficile. Je suis fervent joueur de Final Fantasy Tactics. Mais dans un souci altruiste, je vais plutôt pencher pour un MineCraft. Son coté bac à sable modable permettrait d'en faire plusieurs styles de jeu différent, comme un bomberman, ou un RPG, ou un FPS.



- Tes autres passions ?

A part jouer et programmer, j'aime bien voyager, passer quelques mois dans un pays et essayer d'en comprendre la culture puis y retourner plusieurs fois.

La cuisine aussi. Et puis la littérature, la politique, la philosophie. Il me faudrait plusieurs vies.

- Avant cette interview aviez vous connaissance d'Open-Consoles, vous en pensez quoi ?

J'y étais passé une ou deux fois, quand je voulais me renseigner sur quelle console acheter. Le contenu est intéressant. J'y lis quelques articles de temps en temps. Par exemple celui sur le portage de RetroArch sur la GCW Zero. Je ne participe plus aux forums depuis quelques années donc je ne m'y suis pas inscrit. C'est plus la partie blog qui m'intéresse vu qu'elle est éditorialisée.

J'imagine que le site est assez connu pour que des constructeurs vous envoient des unités pour que vous puissiez faire des reviews. Ça doit être bien chouette.


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Merci à Jean-André et David pour s'être prêté au jeu des questions/réponses. 
Comme nous l'avons déjà dit nous tacherons régulièrement de vous tenir au courant des avancées du Projet.

En attendant, nous vous encourageons fortement à vous rendre à l'adresse ci dessous pour vous tenir informé ou bien si vous le souhaitez apporter votre contribution de quelque manière que ce soit à ce fabuleux projet. 
Comme nous avons pu le constater, Jean-André et David sont très ouverts aux propositions d’améliorations et au travail d'équipe, ils seront très heureux de vous accueillir.

https://hackaday.io/project/10207-gamegirl-the-retro-console-done-right


Cet Article vous a été proposé par La Team Open-Consoles

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4 commentaires :

  1. Merci pour cet article, intéressant !
    Vivement que le projet aboutisse ! Et bon courage !!

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  2. "Game Girl" me semble bien plus nager dans la notion du sexisme parce que c'est justement l'argument que vous mettez en avant par rapport au nom "Game Boy", libre à vous néanmoins de vous révolter du nom GB 26 ans après sa sortie, Gunpei Yokoi n'est de toute façon plus de ce monde pour vous entendre ;)
    Et justement, en créant un second genre, vous différenciez garçons et filles, alors bon... niveau "communication" et "égalité des sexes" c'est pas encore gagné. J'attends un Game Neutre et Game Trans pour que tout le monde puisse avoir son compte ;)

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    1. Je trouve ça juste drôle comme nom.

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    2. Je trouve le clin d’œil bien drôle pour ma part :). "Game boy" n'a pas empêché les filles de se l’approprier. Et la "gamegirl" inversement, ne nous privera pas de la vouloir :D.

      Au final on à un nom clin d’œil là ou on aurait pu avoir un énième jeu de mot sur "raspberry, pi, zero et cie...". Donc ne faisons pas de polémique pour un nom qui n'en à pas la vocation il me semble :).

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